Le 17 octobre n’est pas une date comme les autres. C’est un jour de vérité. Ce jour-là, en 1806, la terre d’Haïti s’est abreuvée du sang de Jean-Jacques Dessalines, le Père de la Nation, l’incarnation de la dignité et du courage. Mais plus de deux siècles après, ce sang n’a pas cessé de crier — il crie encore dans nos consciences, dans nos faiblesses, dans notre incapacité à bâtir le pays qu’il rêvait.
Haïti, aujourd’hui, est un pays appauvri, désorienté, prisonnier d’un chaos social et moral. Pour comprendre ce décalage tragique entre le rêve Dessalinien et la réalité nationale, il faut aller au-delà de l’émotion et adopter une lecture scientifique, historique et humaine de notre effondrement.
I. La mort lente de la conscience collective
Les sociologues, à commencer par Émile Durkheim, appellent anomie l’état d’une société où les repères moraux s’effondrent, où la solidarité disparaît, où chacun agit pour soi. C’est exactement l’état dans lequel Haïti s’enfonce. Nous avons perdu ce lien invisible qui faisait de nous un peuple. Nous ne partageons plus une vision commune du bien, ni un projet collectif. La méfiance a remplacé la fraternité. L’égoïsme a étouffé la solidarité. Dessalines, lui, avait compris que la vraie liberté ne se limite pas à chasser le colon : elle consiste à bâtir une conscience nationale, un sentiment d’appartenance et un devoir moral envers la communauté.
II. Le sous-développement de la conscience civique
Haïti ne souffre pas seulement de pauvreté économique. Elle souffre d’un sous-développement civique et institutionnel. Nos élites ont trop souvent transformé le pouvoir en privilège, l’État en butin, la politique en commerce. Les chercheurs parlent d’ « État prédateur ». Mais au fond, notre vrai drame est anthropologique : c’est la rupture entre l’individu et la nation, entre la liberté et la responsabilité. Nous avons cessé de nous percevoir comme membres d’un corps commun. Or, sans cette conscience partagée, il n’existe ni progrès, ni paix durable.
III. Dessalines, le modèle de la résilience nationale
Dessalines n’était pas qu’un guerrier. C’était un penseur, un bâtisseur, un visionnaire.
Son projet allait bien au-delà de la conquête militaire : il voulait reconstruire l’humain haïtien, libérer les esprits de la peur, du mépris et de la dépendance. Il rêvait d’un État juste, d’une société égalitaire, d’un peuple uni par la dignité. C’est ce que les historiens appellent aujourd’hui la philosophie dessalinienne de la souveraineté intégrale : une indépendance politique, économique, morale et culturelle. Cette vision exige aujourd’hui une renaissance cognitive et éthique, une refondation de nos valeurs sur le savoir, la compétence, la science et la conscience entre autres.
IV. Le sang de Dessalines dans nos veines
Sur le plan biologique, le sang transporte la vie et l’identité. Sur le plan symbolique, il porte la mémoire et la continuité d’un peuple. Dire que “le sang de Dessalines coule dans nos veines”, c’est affirmer que sa force, sa lucidité et sa dignité sont inscrites dans notre héritage. Mais ce sang s’éteint si nous restons aussi passifs. Ce sang doit circuler à nouveau — dans nos gestes, nos institutions, nos écoles, nos médias, nos actes quotidiens. Il doit irriguer une nouvelle génération capable de penser, de planifier, de créer et de servir. C’est cela, vivre avec le sang de Dessalines
- Refuser la lâcheté ;
- Refuser la médiocrité ;
- Refuser l’indifférence ;
- Et bâtir, malgré tout.
V. Pour une nouvelle promesse nationale
Le changement que nous appelons de nos vœux ne viendra ni d’un sauveur, ni d’une force extérieure. Il viendra de la science du peuple, de la conscience citoyenne, de la réappropriation du rêve dessalinien.
Il est temps de transformer :
- La colère en projet ;
- La mémoire en action ;
- Le sang en science.
Ce 17 octobre ne doit pas être une cérémonie de lamentations, mais une renaissance du sens national. Haïti renaîtra le jour où chaque citoyen décidera de vivre avec le sang de Dessalines dans ses veines et la science de Dessalines dans son esprit. Alors, et seulement alors, nous pourrons dire que le Père de la Nation ne sera pas mort pour rien.
Rood-Nedlon SEBASTIEN
Juriste, Géographe Aménageur, PDG de Radio S-Rood fm
Citoyen engagé de la société civile
Contact: roodsebastien@gmail.com